
Akiko Takazawa 高沢晶子
3 février 2025J’adore faire les brocantes et les marchés aux puces, j’y chine plein de vieilleries.
Je m’appelle Tamei, je suis une Japonaise qui vit en France depuis dix ans. J’ai beaucoup bougé dans le monde et habité dans plein de pays.
Je suis née à Hiroshima mais j’ai souvent déménagé enfant pour le travail de mon père. Au Japon principalement, et à Singapour, quand j’avais quinze ans.
Plus tard, je suis partie en Angleterre après avoir travaillé quelque temps dans une banque au Japon.
Pendant deux ans, j’ai vécu avec des enfants handicapés dans une école Steiner. Je suis ensuite allée en Nouvelle Zélande en “working holidays”. Puis je suis revenue en Europe, à Amsterdam.
Mais ma grande aventure, c’est l’Inde, un pays que j’ai parcouru avec mon sac à dos. J’étais alors passionnée de yoga et de spiritualité.
Et comme j’aime aller au bout des choses, j’ai séjourné dans de nombreux ashram pour pratiquer le yoga à fond.
J’ai adoré ce pays si coloré et si mélangé. Les gens prennent le thé ensemble, ils parlent beaucoup, c’est très humain. C’est un peu le chaos mais ça fonctionne. Je trouve qu’au Japon, on a perdu cette façon de vivre, la modernité nous coupe les uns des autres.
L'hindouisme m'attirait, tout comme les mandalas dans les temples. Peindre n’était pas vraiment mon truc, mais avec les mandalas, j'aimais répéter des motifs, encore et encore, comme une sorte de méditation. J’ai eu la chance d’apprendre à en faire au Népal, avec un maître tibétain. Je m’y étais posée quelques semaines avant de revenir en Inde, pour une histoire de visa.
Après un break d’un an à Amsterdam, je suis restée à Bangalore où j’ai été traductrice pour Sharp, une société japonaise. Je faisais du yoga pendant mon temps libre.
J’ai eu envie un jour d’apprendre une nouvelle chose. J’ai alors découvert le mehndi, une forme de body art traditionnel avec des tatouages éphémères au henné. Cela m’a rappelé les mandalas.
Dans le même temps, j'ai rencontré mon mari, un Français expatrié. A la fin de son contrat à Bangalore, nous avons décidé de rentrer en France.

Après trois ans et demi passés en Inde, je suis arrivée à Toulouse sans parler un mot de français. J’ai appris la langue du quotidien avec les cours donnés par l'OFII, c'était bien utile.
Puis au bout d’un an, nous avons bougé en Provence près de Marseille. J’ai alors lancé mon activité d’auto-entrepreneure avec l’atelier Priya car j’avais décidé de suivre ma passion pour le henné.
J’ai commencé sur les marchés de créateurs et les marchés nocturnes de bord de mer. Je proposais des tatouages éphémères avec du henné naturel et avec mes propres motifs. Très vite, les maghrébines m’ont sollicitée pour les mariages et les soirées entre filles.
Je ne savais pas que le henné était aussi dans leur tradition. Je vais chez elles pour les soirées entre filles ou sur les lieux des réceptions.
J’utilise exclusivement du henné naturel, je fais mes mélanges à partir des poudres que j'achète, il n’y a aucun risque d’allergie. Je dessine parfois avec une encre blanche waterproof utilisée au Japon pour le body art.
Je propose aussi des jagua tattoo, à base d’un fruit qui vient d’Amérique du Sud. Avec leur couleur noir bleuttée, ils ressemblent à de vrais tatouages et durent plus longtemps. Les Français aiment beaucoup.
Cette année, j’ai participé à des événements en lien avec le Japon, comme la Japan Expo de Marseille. Lors de ces fêtes, je peins des kanjis et des tatouages éphémères inspirés des mangas.
J’aimerais faire plus de choses de ce genre, dans ma région et pourquoi pas à Lyon, Toulouse ou Paris. C’est vraiment sympa, les gens aiment mon pays et je me plais à peindre ce qu’ils aiment, c'est win win ! C’est une grande chance pour moi.
J’adore les voir sourire et être contents de ce que je fais. Même sans trop bien parler français, sans connaître les traditions des uns et des autres, je vois que je peux faire plaisir aux gens.

En plus de mon travail, je suis bénévole dans plusieurs associations. Je suis au bureau de l'association Les japonais en Provence.
Et j’aide à l’occasion Nanfutsu Yokoso et d’autres initiatives de Français qui aiment le Japon.
J’interviens aussi pour Graine 2 Vie, une association marseillaise qui s’occupe des enfants malades et des femmes victimes de violence ou atteintes d'un cancer. Pour Octobre Rose, je leur ai fait des tatouages éphémères, c’est une autre façon de me rendre utile.
Ma première fois en France, c’était en vacances, quand je vivais en Angleterre. Je prenais tout en photo tellement c’était nouveau pour moi, et c’était toujours beau.
Ayant voyagé dans pas mal de pays, je trouve la France riche culturellement et très variée. On trouve des montagnes, des plages, des campagnes, et des traditions différentes d’une région à l’autre. Il suffit de conduire une ou deux heures pour arriver dans un endroit complètement différent.
Chaque lieu, chaque quartier a son caractère. A Marseille, je retrouve un peu du mélange de l’Inde, il y a des gens de partout. J’ai la chance d’habiter en Provence. J’aime ses petits villages et la nature. Et j’aime aussi aller à Paris.
Les gens sont sympas avec moi, je n’ai jamais eu de mauvaise expérience. J’aimerais des fois mieux parler la langue et apprendre plus d'expressions de la vie courante. L’année dernière, j’ai perfectionné mon français à l’université d’Aix en Provence.
J’ai quitté mon pays il y a vingt ans déjà. Mes compatriotes me disent que je suis une japonaise atypique. Dans un sens, ils ont raison. Ma famille et mes amis à Hiroshima sont mon refuge. Si possible, je vais les voir chaque année.
Ce rythme me convient. J’essaie de faire ma vie en France et d’y être heureuse. Je crois mes parents contents de ça. Ils sont encore en bonne santé, c’est une chance.
Je ne sais pas si je retournerai un jour habiter au Japon, ce n’est pas d’actualité. Si cela devait arriver, je mettrais dans ma valise plein d’antiquités. Car j’adore faire les brocantes et les marchés aux puces. J’y chine plein de vieilleries comme des vieux livres et vieilles cartes postales, des crucifix, des médaillons. Cela me plait beaucoup.
https://www.instagram.com/atelierpriya/
Merci Masami-san pour la mise en relation.